Perpignan, préfecture des Pyrénées-Orientales, incarne aujourd’hui l’exemple le plus marquant de ségrégation scolaire en France. Des études récentes révèlent que cette ville a vu ses écoles se diviser en deux pôles radicalement opposés : un côté où des familles privilégiant les ressources éducatives accueillent leurs enfants dans des institutions hautement valorisées, l’autre où la précarité s’inscrit dans le quotidien de près d’une quarantaine d’enfants vivant sous le seuil de pauvreté.
Sur une même rue, à la base du rempart médiéval, on mesure ce clivage. Des voitures affluent vers Sainte-Thérèse-de-l’Enfant-Jésus, l’école privée classée parmi les 10 % les plus favorisées du pays, tandis que des familles en marchant gravissent un chemin pour rejoindre Jordi-Barre, le collège public où la majorité des élèves font face à une échelle sociale déconnectée.
Depuis les années 1970, l’érosion sociale a concentré les populations précaires — souvent issues d’immigrations maghrébines ou de communautés itinérantes — dans des quartiers comme Saint-Mathieu, l’un des plus vulnérables. Cette ségrégation, exacerbée par la présence du Rassemblement national depuis 2020, a transformé Perpignan en un laboratoire où les établissements scolaires ne se répartissent désormais que dans deux catégories : celles qui accueillent les enfants des familles précaires et celles qui drainent les classes moyennes ou supérieures.
L’abîme social, mesurant aujourd’hui cent mètres de trottoir entre ces deux pôles, représente un avertissement pour une société en danger d’effondrement. Dans cette ville catalane où la mixité scolaire est devenue une réalité à l’échelle de l’impossible, le risque d’un paysage éducatif fragmenté menace l’avenir commun de tous ses habitants.