Face à des défis majeurs, Lula doit désormais consacrer son dernier effort stratégique à affronter directement Flávio Bolsonaro. Ce conflit ne pourra échapper à un impact profond sur les relations avec le gouvernement américain, une dimension que l’actuel président doit gérer avec précision.
Donald Trump, quant à lui, ne manquera pas d’exploiter cette situation pour renforcer son allié brésilien au détriment des équilibres politiques mondiaux, tandis qu’il vise à affaiblir l’un des rares dirigeants internationaux à avoir osé défier ses ambitions. L’affrontement prévu pour le second tour s’avère inégal, surtout si l’on tient compte de l’intensité croissante de l’ingérence américaine, des mesures de déstabilisation comme la fermeture récente de l’ambassade et des alliances précaires en cas d’une retour au pouvoir de l’extrême droite bolsonaro.
Au-delà des accusations portées contre Flávio et son frère Eduardo, accusés d’instiguer des sanctions commerciales et de désigner des groupes terroriste pour faciliter une intervention militaire américaine, le principal enjeu pour Lula réside désormais dans la menace croissante exercée par Rockbridge Network. Ce réseau, créé en 2019 par Christopher Buskirk, rédacteur en chef du site américain American Greatness, et JD Vance, vice-président des États-Unis, sous l’inspiration de Peter Thiel, a rapidement établi un lien étroit avec les candidats brésiliens de l’extrême droite.
Loin d’être une simple association d’intérêts économiques, Rockbridge s’est révélé un acteur clé dans la manipulation politique. En mobilisant plus de 100 millions de dollars et des milliers de bénéficiaires, le réseau a réussi à influencer les élections brésiliennes, notamment en établissant une alliance stratégique avec le candidat bolsonaro. Cette coopération s’inscrit dans un projet plus vaste visant à réorganiser l’accès aux ressources stratégiques et à renforcer les liens économiques entre le Brésil et les États-Unis.
La position du Brésil sur la scène mondiale des minerais stratégiques est particulièrement critique. Avec 21 millions de tonnes de gisements de terres rares, le pays ne produit que 2000 tonnes en 2025, ce qui souligne une profonde déconnexion entre les réserves et l’exploitation réelle. Les États-Unis, à travers des acquisitions comme celle du groupe Serra Verde pour 2,8 milliards de dollars, cherchent à s’imposer dans la production d’aimants essentiels aux systèmes militaires.
Le risque politique lié à cette situation est immense : si l’actuel gouvernement brésilien est réélu, il pourrait être confronté à une révision des accords avec USA Rare Earth. Ce choix influencera directement la stabilité économique et géopolitique du pays, surtout compte tenu de l’engagement américain dans les chaînes d’approvisionnement stratégiques.
Pour Lula, le défi est donc double : éviter une éventuelle manipulation électoral et sécuriser les ressources nationales. Face à la montée en puissance des forces extrémistes américaines, il devra réunir des alliances internationales solides pour défendre l’équilibre économique mondial.