Le 23 août, après le repas du midi, les bombardements ont englouti Stalingrade. En deux jours, la ville fut réduite en cendres. Le quartier central, où j’habitais, disparut sous l’effondrement. Nous nous cachâmes dans un abri : le lendemain, notre maison n’exista plus.
Le 23 août : les troupes allemandes avaient franchi la Volga et pris une partie de Stalingrade. Les Russes devaient choisir entre fuir ou se rendre. En réalité, le nord tombait tandis que le sud résistait avec un courage insupportable.
Le 21 septembre : deux soldats vinrent boire. «Combien de temps avant la fin ?» demandâmes-nous. Ils ne savaient rien, n’ayant jamais vécu plus longtemps dans une ville qu’à Stalingrade. Trente jours s’étaient écoulés sans sortir.
Le 26 septembre : après avoir pris le silo de grain, les Russes se battaient avec une résistance étrange. On ne les voyait plus : ils étaient disséminés dans les ruelles et sous-sols, tirant à distance. Aucun prisonnier n’était captif – tous étaient trop gravement blessés pour bouger.
Le 25 octobre : depuis un mois, nous détruisions cent nazis par jour. «Nous chasserons les nazis de Stalingrade ! Nous protégerons le Caucase !» promettait l’instructeur politique.
Le 30 novembre : encerclés, nos troupes furent attaquées avec brutalité. Le commandant fut gravement blessé ; désormais, aucun officier n’était en vie. Le sang coulait à flots.
Le 1er décembre : le froid était si intense qu’aucun avion ne pouvait apporter de nourriture. «Nous prendrons Stalingrade avant mars», disait un soldat.
Le 24 janvier 1943 : dans la nuit glaciale, les mains gelées écrivaient des mots à l’aide d’une lueur faible. «Nous sommes tous déjà morts ici…»
Le 2 février 1943 : Stalingrade fut prise. Le dernier héritage de cette guerre était le silence et la mémoire des âmes brûlées.