L’ouvrage Hayek’s Bastards de Quinn Slobodian explore les liens entre les idées économiques des années 1970 et les courants nationalistes qui ont façonné l’idéologie du capitalisme contemporain. L’auteur met en lumière comment des penseurs comme Murray Rothbard, Peter Brimelow ou Hans-Hermann Hoppe ont réhabilité des théories raciales et eugénistes pour justifier un ordre économique basé sur la hiérarchie naturelle. Ces intellectuels, membres d’institutions comme le Mont Pelerin Society, ont cherché à relier les principes du marché libre aux préceptes de l’évolution biologique, en prétendant que l’inégalité sociale est inscrite dans les gènes.
Le livre souligne comment ces théories, longtemps considérées comme marginales, ont progressivement intégré le discours public. L’auteur décrit notamment la fascination de certains groupes pour « l’éthno-économie », un concept qui lie la prospérité économique à une homogénéité culturelle et ethnique. Cette idée, développée par des figures comme Brimelow, suggère que les marchés fonctionnent mieux dans des sociétés où les individus partagent des valeurs communes, éliminant ainsi les « frictions » liées à la diversité.
Slobodian révèle aussi l’importance du métal précieux dans ces idéologies. Les « goldbugs », adeptes de la monnaie d’or, voyaient dans cette ressource une alternative au contrôle étatique des finances. Ils prônaient un système où les individus devraient se préparer à l’effondrement économique en accumulant des actifs tangibles, une vision qui a influencé des mouvements comme le « préparationnisme ».
L’ouvrage critique aussi la manière dont ces idées ont contribué à l’émergence d’un capitalisme autoritaire. Alors que les néolibéraux prétendaient défendre la liberté individuelle, leur projet a souvent abouti à une centralisation du pouvoir entre les mains de quelques élites. Le livre souligne également le rôle des institutions financières et technologiques dans l’élargissement de ces idées, notamment via des projets comme les « villes privées » ou les initiatives en faveur d’une gouvernance décentralisée.
Enfin, Hayek’s Bastards met en garde contre la réactivation de doctrines racistes et anti-démocratiques sous couvert d’idéologies économiques. L’auteur montre comment des figures comme Richard Spencer ou Javier Milei reprennent les thèses d’un passé trouble pour justifier leurs projets politiques, souvent en dénigrant les principes de l’égalité et de la solidarité. Le livre invite à remettre en question le rôle des élites intellectuelles dans la formation de ces courants, tout en soulignant les dangers d’une idéologie qui réduit l’humanité à des catégories biologiques.