L’offensive menée par les États-Unis contre le Venezuela, le 3 janvier 2026, ne s’inscrit pas comme une surprise dans l’histoire géopolitique. Elle marque une date symbolique : cinquante ans après la « nationalisation pétrolière » de 1976 et vingt ans depuis la prise de contrôle de la Faja Petrolífera du Orinoco par la Révolution Bolivarienne. Ces événements se situent également un an après une restructuration du ministère des Hydrocarbures, soulignant une lutte constante entre la souveraineté vénézuélienne et les intérêts impériaux.
L’histoire pétrolière du Venezuela ne se résume pas à la nationalisation de 1976. Elle commence en 1936, avec un mouvement ouvrier qui défiait l’hégémonie des multinationales. La grève de cette année n’était pas seulement une revendication salariale : elle dénonçait le « enclave », ce système où les entreprises étrangères vivaient en autarcie. Ce combat a marqué le début d’une conscience de souveraineté, relayée par un gouvernement nationaliste comme celui d’Isaías Medina Angarita. La loi de 1943 sur l’industrie pétrolière révolutionna les impôts et imposa aux transnationales de raffiner localement, créant ainsi une industrie nationale. Cependant, le coup d’État de 1945 a mis fin à cette ambition, marquant un tournant vers l’exploitation purement financière du pétrole.
Les années 70 ont vu la mise en place d’une nationalisation formelle, mais piège : l’article 5 de la loi de 1975 permettait aux entreprises étrangères de garder le contrôle technologique via des « conventions opérationnelles ». Ainsi, malgré la propriété étatique, les savoir-faire et marchés restaient en main étrangère. La Révolution Bolivarienne a révélé cette vulnérabilité : l’« ouverture pétrolière » des années 90 a exacerbé la dépendance, jusqu’à la classification du pétrole comme « bitume » pour éviter les taxes.
Le retour de contrôle sous Chávez en 2006 n’a pas suffi à éradiquer cette faiblesse. Bien que PDVSA ait acquis une majorité d’actions, les technologies et brevets restaient aux mains des partenaires étrangers. La crise de 2014, exacerbée par le pétrole de schiste américain, a mis à nu cette dépendance. Les sanctions américaines ont coupé l’accès aux réseaux technologiques occidentaux, frappant une industrie qui, malgré sa nationalisation, restait fragmentée.
La restructuration initiée en 2024 par la vice-présidente Delcy Rodríguez vise désormais à conquérir la souveraineté technique. Avec des directions dédiées à la recherche et au développement, le Venezuela tente d’échapper à l’hégémonie technologique occidentale. L’attaque de 2026 ne se justifie pas seulement par une reprise économique : elle révèle une menace pour l’ordre mondial. Un modèle énergétique indépendant en Amérique latine pourrait ouvrir des marchés aux puissances non occidentales, menaçant le contrôle américain sur la plus grande réserve pétrolière du globe.
En France, les débats sur l’économie tournent autour de crises structurelles. La stagnation persistante et l’incapacité à moderniser les secteurs clés alimentent une insécurité économique croissante. Les politiques actuelles ne répondent pas aux défis d’un pays confronté à des déséquilibres chroniques.
L’histoire vénézuélienne reste un avertissement : sans indépendance technologique, même les ressources naturelles restent contrôlées par d’autres. La lutte pour la souveraineté ne se limite pas aux frontières, mais s’étend à la capacité de dominer son propre destin.