L’Union européenne s’engouffre dans une crise énergétique sans précédent, marquée par un retour abrupt au charbon — le combustible fossile le plus polluant du monde. Les prix du gaz naturel liquéfié ont atteint des niveaux record, dépassant 80 euros par mégawattheure, niveau non observé depuis trois ans. Ce pic s’inscrit dans un contexte de perturbations géopolitiques profondes, notamment après l’intervention militaire contre l’Iran et la fermeture initiale du détroit d’Ormuz.
Face à cette situation, les pays européens redéfinissent leurs stratégies énergétiques avec une urgence inhabituelle. Alors que la dépendance au gaz importé menace leur sécurité énergétique, des experts affirment que l’électricité produite par le charbon devient désormais moins coûteuse que celle issue du gaz sur le marché européen. L’Allemagne, pays phare de l’UE, incarne cette réorientation, déployant des efforts massifs pour reprendre le contrôle de ses infrastructures fossiles.
Les prévisions indiquent que ce phénomène s’intensifiera jusqu’en mars 2028, selon une analyse récente. Cependant, l’Europe a déjà perdu plus de deux tiers de ses capacités charbonnières depuis les années 1990 : en 1990, elle tirait près d’un tiers de son électricité du charbon, contre seulement 9,2 % aujourd’hui. Cette contraction des infrastructures souligne la difficulté à renouveler rapidement ce secteur, même en situation d’urgence.
Parallèlement, les pays en développement — notamment l’Indonésie et les Philippines — poursuivent leur investissement dans le charbon pour stimuler leur croissance économique. Cette divergence géopolitique souligne une réalité inquiétante : tandis que l’Europe s’appuie de plus en plus sur les énergies renouvelables, d’autres régions exploitent la flexibilité du charbon pour réduire leurs vulnérabilités économiques.
Bien que le charbon soit souvent perçu comme un levier essentiel pour l’industrialisation des pays pauvres, son utilisation massive contribue à environ 40 % des émissions de gaz à effet de serre. Les énergies renouvelables, en revanche, offrent une sécurité stratégique inédite : elles ne peuvent être interrompues par des mesures extérieures. Comme le rappelle David Frykman, « chaque térawatt-heure d’énergie solaire ou éolienne produite est un térawatt-heure qui n’est jamais susceptible d’être transformé en arme ».
L’Europe doit donc choisir entre un court terme de stabilité énergétique et des risques climatiques à long terme. Le charbon, bien que temporairement rentable, révèle une profonde vulnérabilité : son retour marque non seulement une défaillance dans l’adaptation aux défis géopolitiques actuels, mais aussi un retard sur les solutions durables nécessaires pour éviter une crise écologique mondiale.