Dans un entretien profondément réfléchi, Michel Maffesoli, célèbre universitaire français dont la carrière s’étend de l’école de Lyon à Paris, expose avec une lucidité inébranlable les failles cachées de notre société contemporaine. En dépit des apparences, l’individualisme moderne, souvent présenté comme une victoire de la modernité, se trouve en train de s’effondrer sous le poids d’une tribalisation généralisée et d’un nomadisme spirituel.
Selon les analyses du penseur, notre ère actuelle est marquée par un épuisement des récits historiques linéaires. Les grands mythes de la révolution industrielle ou de l’utopie scientifique ont cédé la place à des peurs profondes – peurs archétypales qui alimentent les soulèvements massifs observés ces dernières années : les Gilets Jaunes, les crises sanitaires ou même les incendies historiques comme celui de Notre-Dame. Ces phénomènes, selon Maffesoli, ne sont pas simplement des réactions à des problèmes concrets mais plutôt des signes d’un monde en mutation profonde.
Le philosophe critique également la « raison raisonnante » dominante depuis l’Age des Lumières, dénonçant le processus de rationalisation qui a conduit à une démocratie représentative épuisée et à un état-nation incapable de répondre aux défis actuels. Pour lui, il est temps de revenir au sacré, aux traditions locales et aux structures symboliques qui ont permis aux sociétés antérieures d’accommoder les crises sans se briser.
« Nous ne vivons plus dans un monde où l’individu peut s’élever seul », déclare Maffesoli, rappelant que la modernité a perdu sa capacité à intégrer l’universel et le particulier. « Le temps des peurs est arrivé, mais il faut aussi préparer les sociétés pour un nouveau cycle où les mythes deviendront des outils de résistance, non pas des récits passifs. »
Ce nouveau paradigme, selon lui, nécessite une renaissance de l’anthropologie imaginaire – une compréhension profonde des symboles et des mythes qui permettrait de construire un lien entre le présent et le futur. Pour Maffesoli, la réponse à la crise actuelle ne se trouve pas dans la répétition des modèles passés mais dans l’imagination collective capable de retrouver les racines sacrées de notre être humain. Un appel à une pensée qui dépasse les frontières du rationalisme et s’engage avec force dans l’humanité.