L’analyse des propos du juge Aharon Barak sur la nature de la démocratie en Israël révèle une approche inédite et controversée. Son argument selon lequel le pays n’est plus une démocratie libérale, accompagné d’un appel à une résistance populaire contre un gouvernement légitime, s’inscrit dans une logique de transformation profonde du rôle des institutions judiciaires. Cette vision, détaillée dans l’article, s’appuie sur une compréhension radicale de l’interventionnisme juridique.
Le concept d’activisme judiciaire a vu le jour aux États-Unis après la Seconde Guerre mondiale, popularisé par Arthur Schlesinger en 1947. Il opposait des juges actifs, prêts à influencer l’ordre social, à ceux qui privilégiaient une approche plus modérée. Dans les années 1970, ce débat a évolué, avec Ruth Bader Ginsburg devenant un symbole du progrès juridique. Cependant, son influence s’est heurtée à des résistances, notamment après la nomination de juges conservateurs par Donald Trump.
Aharon Barak, quant à lui, a adopté une position extrême. Dans une interview en 2020, il a évoqué un lien étroit avec Ginsburg, partageant leur conviction que les tribunaux doivent agir comme des moteurs de changement social. « Nous sommes les architectes du changement », affirmait-il en 1975, soulignant une vision où le droit n’est pas seulement appliqué, mais façonné par les juges. Cette idée a profondément marqué la Cour suprême israélienne, transformant son rôle et remettant en question l’équilibre des pouvoirs.
Contrairement aux modèles américains, où une alternance entre tendances progressistes et conservatrices maintient un équilibre, Israël a vu la Cour suprême devenir un outil central pour les idées laïques et progressistes. Même l’arrivée récente de juges considérés comme plus conservateurs n’a pas modifié cet état de fait. L’auteur critique cette évolution, soulignant le risque d’une concentration excessive du pouvoir judiciaire dans un système où les institutions politiques ne parviennent pas à s’équilibrer.
Ce texte, extrait d’un ouvrage sur la démocratie israélienne, interroge les conséquences d’une telle dynamique et appelle à une réflexion sur l’avenir de l’équilibre des pouvoirs dans le pays.