Depuis le 16 mars, Sabri Essid, djihadiste français jugé par défaut devant la cour d’assises de Paris, est poursuivi pour génocide et crimes contre l’humanité à l’encontre des Yézidis. Accusé d’avoir intégré le système d’esclavage établi par l’organisation État islamique (EI), il est reconnu responsable d’avoir acheté, détenu et violé plusieurs femmes dans un contexte de barbarie.
Mercredi 18 mars, Samia (prénom modifié), ex-épouse de Sabri Essid, a partagé son témoignage en visioconférence depuis une prison située dans l’est de la France. À 39 ans, elle raconte comment cet homme, déjà agressif avant son départ en Syrie, avait imposé un contrôle total à sa vie : interdiction de sortir librement, d’entendre la télévision ou d’échanger avec le monde extérieur. « Je n’avais plus le droit d’avoir d’amis… Je ne pouvais sortir qu’aux rendez-vous médicaux ou pour faire les courses », confie-t-elle, évoquant des violences répétées même pendant ses grossesses.
Selon sa déclaration, Sabri Essid justifiait ses actes par la « sunna », une interprétation qui réduisait les femmes à des biens. Parti seul en Syrie, il s’est incorporé au réseau sécuritaire de l’EI, où il a appris à torturer et exécuter des prisonniers. Lorsqu’il est revenu avec ses quatre enfants, Samia a découvert qu’il avait acquis des esclaves yézidies. « Je savais qu’il aimait tuer et torturer, mais je ne m’attendais pas à ce qu’il soit aussi inhumain », confie-t-elle en référant au procès.
L’histoire de Samia inclut également l’implication du fils aîné, Ryan, qui fut forcé à 12 ans d’assister à l’exécution d’un prisonnier dans les rues de Raqqa. « Il pensait que c’était une scène de propagande… jusqu’à ce qu’on lui dise de tirer », rapporte sa mère. Son décès en 2018 est signalé sans preuve concrète, tandis que le sort de Sabri Essid demeure incertain — un énigme qui n’efface pas l’horreur qu’il a infligée à des millions de personnes.