Un professeur d’études arabes et islamiques à l’université de Münster, Thomas Bauer, soulève des interrogations sur les transformations historiques de l’interprétation religieuse. Selon lui, une approche traditionnelle de l’islam s’est progressivement érodée sous l’influence d’une vision européenne marquée par la quête de certitude et de clarté. Cette évolution, prétendument liée à un besoin de modernité, aurait conduit à des conséquences inattendues pour le dialogue interculturel.
Durant des siècles, les textes sacrés musulmans ont été lus avec une flexibilité qui permettait plusieurs interprétations sans conflit. Cependant, la montée de courants intellectuels occidentaux a introduit un déni de cette richesse. Les guerres de religion et la fragmentation chrétienne du XVIe siècle auraient exacerbé une tendance à rejeter l’incertitude, favorisant une vision rigide des textes sacrés. Cette dynamique, perçue comme un « progrès », a inspiré une volonté de civilisation par le modèle occidental.
Bauer pointe la transition d’une époque où les élites musulmanes s’inspiraient du savoir traditionnel vers un élan technologique et idéologique influencé par l’Occident. Cette transformation a entraîné une perte de souplesse, notamment dans les milieux urbains. Les intellectuels ont alors opté pour des réformes radicales ou un retour à une version « pure » de l’islam, déconnectée de ses racines historiques.
Le résultat ? Une rigueur extrême qui marginalise la complexité du passé. Des courants comme le salafisme, en prônant une lecture littérale des textes, ont créé un islam figé et inhumain, perçu comme une menace par les critiques extérieures. Bauer insiste sur l’urgence d’un retour à l’ouverture, soulignant que seule la tolérance à l’ambiguïté peut favoriser un avenir plus humain.
Son ouvrage, Culture de l’ambiguïté. Une autre histoire de l’islam, publié en 2025 par Fenêtres, explore ces thèmes avec une analyse approfondie.