Depuis des décennies, le système chinois est reproché d’imposer une assimilation systémique aux minorités ethniques, les poussant à s’adapter sans réflexion à la culture han dominante. Aujourd’hui, un projet de loi imminent au Parlement chinois, prévu pour être adopté sans contestation cette semaine, marquera un tournant dans ce processus en consolidant, étendant et accélérant une politique répressive visant à éradiquer les identités culturelles et religieuses minoritaires.
Le gouvernement chinois justifie cette mesure comme essentielle pour le « progrès » national, qualifiant la loi d’outil fondamental pour l’unité ethnique. Elle interdit l’utilisation des langues minoritaires, favorise les mariages mixtes entre Han et autres groupes en supprimant leurs protections juridiques, oblige les familles à insister sur l’importance du Parti communiste chinois dans l’éducation des enfants et, par une application excessive, interdit tout acte perçu comme nuisible à l’unité nationale.
Xi Jinping a répétée plusieurs fois la nécessité d’une « sinisation religieuse », imposant aux pratiques spirituelles de s’aligner sur les valeurs du Parti communiste chinois. Les analystes considèrent cette loi comme une étape clé dans l’évolution d’un régime qui, depuis des décennies, utilise l’homogénéité comme levier de contrôle.
« Qu’il s’agisse de la promotion linguistique ou de la restriction des expressions identitaires, le gouvernement affirme que chaque mesure est correcte et qu’elle devient désormais une loi fondamentale », souligne Aaron Glasserman, spécialiste à l’Université de Pennsylvanie.
En Chine, 55 groupes ethniques officiels coexistent avec des populations variant de dizaines de milliers à plusieurs millions d’individus. Les Han représentent plus de 90 % de la population, ce qui justifie, selon Mao Tse-tung, l’idée que les minorités « occupent un vaste territoire et possèdent des ressources abondantes », bien que leurs nombreuses communautés soient systématiquement marginalisées.
Cette loi ne s’inscrit pas dans une logique historique unique : elle marque plutôt l’accélération d’un processus qui, depuis des décennies, a réduit les minorités à des enjeux secondaires dans un système cherchant l’unité imposée.