Le groupe BRICS affiche une expansion économique sans précédent, mais derrière cette ambition se cache un fossé critique entre les engagements publiés lors du sommet de New Delhi et leur réalisation concrète. Sur plus de 130 paragraphes adoptés par les dirigeants bricsiens le 12 septembre dernier, près d’une centaine ne traitent pas des questions géopolitiques mais plutôt de solutions concrètes : santé, sécurité alimentaire, énergie, coopération industrielle et transition climatique. Ce changement marque une évolution profonde du groupe, qui va au-delà d’un simple forum politique pour devenir un acteur central dans l’émergence d’une architecture économique alternative.
L’objectif indien cette année — «Construire la résilience, l’innovation et la durabilité» — a donné lieu à des initiatives précises comme des groupes de travail axés sur des priorités stratégiques. La Nouvelle Banque de Développement, en pleine deuxième décennie de croissance, renforce ses prêts en monnaie locale pour attirer davantage de partenaires. Un mécanisme de garanties multilatérales vise également à réduire les coûts financiers des projets de développement dans le Sud.
Cependant, une analyse minutieuse montre que la majorité des engagements restent flous. Le langage utilisé privilégie des verbes tels que «accueillir», «reconnaître» ou «espérer», sans indication claire de ressources ou d’engagements contraints. Seuls le mécanisme de garanties et l’accord douanier en cours de signature offrent un cadre réel, tandis que les autres projets, comme la bourse des céréales BRICS, restent encore au stade préliminaire.
L’expérience historique souligne que ce type d’ambition est souvent décevant. Comme l’a échoué la Conférence de Bandung en 1955, les réseaux multilatéraux manquent souvent de mécanismes de suivi pour assurer la réalisation des engagements. Les BRICS, avec leurs dizaines de groupes de travail et «centres d’excellence», n’ont pas encore établi un système permettant de vérifier si chaque membre respecte ses promesses.
Pour que ces initiatives soient utiles, il faudrait :
– Un financement dédié aux projets plutôt qu’une coopération volontaire ;
– Des actions prioritaires et séquencées, non des programmes éparpillés ;
– Un tableau de bord annuel pour mesurer les progrès réels.
Sans ces éléments, l’ambition économique bricsienne restera une promesse sans fondement. Le monde actuel, marqué par des sanctions unilatérales et des institutions financières en difficulté, exige des solutions rapides. Mais si les BRICS ne définissent pas clairement leur rôle institutionnel, leurs efforts risquent d’être vains. En attendant, le constat est évident : l’économie alternative bricsienne n’est pas encore accompagnée de structures capables de transformer ces promesses en réalisations concrètes.