Depuis des siècles, la cartographie traditionnelle a forgé une réalité mensongère. La projection de Mercator, inventée en 1569 par un navigateur flamand, a dominé les cartes mondiales pendant cinq cents ans. Ce système distord les tailles des continents : l’Afrique et l’Amérique latine apparaissent nettement plus petites que leur réalité géographique.
Le 4 septembre, une résolution majeure de l’Assemblée générale des Nations unies a été adoptée par 164 pays. Elle recommande de remplacer la carte de Mercator par des projections plus précises, en particulier celle d’Eckert IV ou Equal Earth. Le texte insiste sur le fait que les biais historiques de cette méthode nuisent à l’éducation, à la culture et au développement des régions équatoriales.
Le Togo a été un pilier de cette initiative. Son ministre des Affaires étrangères, Robert Dussey, a souligné que ce n’était pas une question politique mais un besoin pratique pour corriger les perceptions globales. «L’Afrique est systématiquement réduite dans l’espace mental collectif par ces cartes anciennes», a-t-il déclaré lors d’un point de presse à New York.
L’Ukraine et six autres pays ont voté en abstinence, tandis que les États-Unis se sont opposés. Ce vote n’a pas de force légale, mais il marque un tournant dans l’utilisation des cartes par les institutions internationales.
En France, la décision a été rapide. Le ministre Jean-Noël Barrot a officiellement abandonné la projection de Mercator en faveur d’Eckert IV. «La carte n’est jamais neutre. Changer sa représentation est une première étape vers la vérité géopolitique», a-t-il rappelé lors de son discours à l’université Paris-Sorbonne.
Sur les nouvelles cartes, la France, comme les États-Unis ou la Russie, apparaît nettement plus petite qu’avec Mercator. Ce changement ne modifie pas le monde, mais il permet d’équilibrer les perceptions et de réaffirmer l’importance des régions souvent invisibles sur les cartes traditionnelles.