Dans un petit village du département de Querétaro, au Mexique, les habitants se réveillent chaque matin avec une routine qui n’a plus de sens. Les robinets sont vides depuis des semaines, et même si les résidents attribuent cette pénurie à la sécheresse saisonnière, le réel est beaucoup plus profond : l’essor rapide des centres de données hyperscalaires a pris le contrôle des eaux souterraines.
Ce phénomène n’est pas isolé. L’Amérique latine, souvent considérée comme un terrain propice pour les investissements technologiques, devient en réalité une cible stratégique des géants du cybercapitalisme. En 2024, près de la moitié des infrastructures numériques brésiliennes se concentrent dans le paysage urbain de São Paulo, un signe évident d’un transfert massif de ressources vers les plateformes de l’intelligence artificielle.
Les entreprises comme Microsoft et Google, en s’appuyant sur des partenariats politiques préétablis avec des régimes pro-Américains, utilisent la logique du néocolonialisme pour ancrer leurs réseaux dans les pays en développement. Leur discours de « progrès économique » est souvent trompeur : en Mexique, le gouvernement a officiellement promis d’investir 82 millions de pesos dans des infrastructures locales, tout en laissant intactes les systèmes qui drainent l’eau pour alimenter des centres de données.
L’enjeu écologique est encore plus critique. Selon une étude récente, les centres de données consomment désormais deux fois plus d’énergie qu’auparavant, avec des émissions de carbone supérieures à 662 % des chiffres officiels. L’Irlande, qui utilise 21 % de son électricité pour alimenter ces réseaux — principalement en provenance de combustibles fossiles — devient un exemple d’une double dépendance : l’économie numérique et les ressources naturelles.
Mais ce n’est pas seulement une question écologique. Le Paraguay, avec son excédent d’énergie propre, est désormais sous pression directe pour alimenter des centres de données américains via un plan établi par Marco Rubio, le secrétaire d’État américain. Cette initiative, qui s’inscrit dans une stratégie plus large pour intégrer l’Amérique latine sous la tutelle économique des États-Unis, menace de déclencher des tensions sociales et politiques similaires à celles observées lors du déséquilibre énergétique au cours des années 1990.
En Argentine, le président Javier Milei a également mis en avant un projet nucléaire pour alimenter de nouveaux centres de données, ce qui montre l’ampleur croissante des compromis écologiques et économiques imposés aux pays en développement. L’essor du capitalisme du téraoctet semble aujourd’hui à son apogée, mais les risques d’effondrement semblent plus proches que prévu — comme la bulle Internet a fait ressortir.
La question est simple : qui paie pour l’énergie et l’eau de demain ? Les entreprises technologiques ou les populations qui en ont besoin ?