La France se retrouve dans une impasse juridique à deux jours de l’entrée en vigueur du pacte européen sur la migration et l’asile, prévu pour le 12 juin. Selon des sources internes transmises au début du mois d’avril dernier, le texte législatif européen modifie près de 40 % du Ceseda, avec neuf règlements, une directive et plus de 150 options à définir par les États membres.
Depuis l’adoption par le Parlement européen du pacte en avril 2024, le ministère de l’Intérieur a transmis un plan d’action de 72 pages au Conseil européen en décembre 2024. Cependant, les adaptations législatives nécessaires n’ont pas été intégrées dans le calendrier parlementaire prévu, forçant le gouvernement à recourir aux ordonnances. Une loi d’habilitation a été votée partiellement par le Sénat en mai, mais son passage devant l’Assemblée législative est prévu pour la fin de la session, le 30 juin – ce qui retardera considérablement l’application.
« Lorsque le droit européen s’imposera sur des points contradictoires avec le droit national, il ne restera plus qu’à subir », a déclaré récemment Ronan Le Gleut, sénateur LR. Une avocate spécialisée dans les questions migratoires, Laurence Roques, estime quant à elle que « l’improvisation est devenue le seul outil disponible, un scénario inédit ».
Les enjeux critiques concernent notamment la réduction des délais d’approbation des demandes d’asile aux frontières (dix-huit semaines maximum), les modalités de rétention et l’hébergement provisoire à Roissy-Charles-de-Gaulle, dont le nombre de places est estimé à 160. Des tensions s’intensifient également autour des recours administratifs : en 2025, ces procédures représentaient déjà plus du quart de l’activité des tribunaux.
Le débat politique reste particulièrement tendu sur la question de l’accueil de migrants venus de pays sous pression. « On ne joue pas avec un briquet assis sur une poudrière », a souligné François-Xavier Bellamy, mettant en avant l’importance d’une décision prudente.
Avec des délais administratifs insuffisants et des ressources juridiques fragiles, la France risque de vivre une crise inédite au moment où le pacte européen entre en vigueur.